Les 10 séries de timbres français les plus emblématiques
Depuis 1849, la France a émis des milliers de timbres. Mais quelques séries sont restées dans toutes les mémoires : elles ont servi des décennies durant, en dizaines de valeurs et de couleurs, et on les retrouve dans presque tous les albums. Voici les dix plus emblématiques, dans l'ordre chronologique.
Ces timbres ont un point commun qui les rend difficiles à identifier : dans une même série, le dessin est identique, seules la valeur et la couleur changent. Regardez toujours le chiffre de la valeur avant tout le reste.
1. La Cérès (1849)
C'est le premier timbre français. Le 1er janvier 1849, la IIe République émet un 20 centimes noir à l'effigie de Cérès, déesse romaine des moissons, symbole d'une République nourricière. Le dessin est de Jacques-Jean Barre, graveur général des Monnaies.
À reconnaître :
- une tête de femme de profil, couronnée d'épis et de feuillages ;
- la mention REPUB. FRANC. en haut et POSTES en bas ;
- pas de dentelure : les premières Cérès se découpaient aux ciseaux.
La Cérès disparaît sous le Second Empire, puis revient en 1870 avec la IIIe République. Le siège de Paris et l'émission de Bordeaux (1870-1871), imprimée en province faute de pouvoir le faire à Paris, sont aujourd'hui très recherchés. Pour les distinguer, il faut regarder de près la finesse de l'impression et la dentelure : les Bordeaux sont non dentelés et d'un dessin plus grossier, lithographié. Voir les Cérès de 1849 · et celles de 1870.
2. Napoléon III (1852-1870)
Quand Louis-Napoléon Bonaparte prend le pouvoir, son portrait remplace la Cérès. On distingue trois grandes familles :
- la « Présidence » (1852) : Louis-Napoléon est encore prince-président, le timbre porte REPUB. FRANC. ;
- l'« Empire non lauré » (1853) : il est devenu Napoléon III, la mention passe à EMPIRE FRANC. Les timbres sont non dentelés jusqu'en 1862, date à laquelle la dentelure arrive en France ;
- l'« Empire lauré » (à partir de 1862) : après les victoires de la campagne d'Italie, l'empereur porte une couronne de lauriers.
Le premier réflexe d'identification est donc simple : la tête est-elle nue ou couronnée de lauriers ? Puis : les bords sont-ils lisses ou dentelés ? Voir la Présidence de 1852 · l'Empire de 1853 · l'Empire lauré.
3. Le type Sage (1876-1900)
Après la chute de l'Empire et l'épisode de la Cérès, la IIIe République lance un concours. Le gagnant est Jules-Auguste Sage, avec une allégorie baptisée « Paix et Commerce » : la Paix, debout, tend la main à Mercure, dieu du commerce, au-dessus d'un globe terrestre. On dit tout simplement « le Sage ».
C'est la série la plus longue du XIXe siècle : un quart de siècle d'usage, des dizaines de valeurs et de nuances. Elle est célèbre chez les collectionneurs pour ses deux types :
- type I, « N sous B » : sous le globe, le N de la signature du graveur se trouve sous la lettre B de RÉPUBLIQUE ;
- type II, « N sous U » : le N est sous le U.
Une simple loupe suffit, et l'écart de cote entre les deux types peut être important pour une même valeur. Voir les Sage de 1876.
4. Blanc, Mouchon et Merson (1900)
Pour l'Exposition universelle de 1900 et le nouveau siècle, la poste remplace le Sage par trois dessins à la fois, chacun réservé à une tranche de valeurs :
- le type Blanc (dessin de Joseph Blanc), pour les petites valeurs de 1 à 5 centimes : une scène allégorique, avec une balance en haut à gauche ;
- le type Mouchon (Louis-Eugène Mouchon), pour les valeurs moyennes : une femme assise tient une tablette où l'on lit DROITS DE L'HOMME ;
- le type Merson (Luc-Olivier Merson), pour les fortes valeurs de 40 centimes à 5 francs : un grand format bicolore, facile à repérer.
Le Mouchon est vite retouché (dès 1902) et laisse la place à la Semeuse. Le Blanc et le Merson, eux, servent pendant des décennies, avec de nombreuses nuances et surcharges. Pour savoir lequel vous avez, la valeur suffit presque : petite, moyenne ou forte. Voir les émissions de 1900.
5. La Semeuse (à partir de 1903)
La Semeuse est sans doute l'image la plus célèbre de la philatélie française. Le dessin vient du sculpteur-médailleur Oscar Roty, qui l'avait créé pour les pièces d'argent de la fin des années 1890 : une jeune femme coiffée du bonnet phrygien sème du grain face au soleil levant.
Plusieurs variantes se suivent, et c'est là que l'identification devient intéressante :
- la Semeuse lignée (1903) : le fond derrière la figure est fait de lignes horizontales ;
- la Semeuse camée (1906) : le fond devient uni. Les tout premiers exemplaires montrent encore un sol sous les pieds de la Semeuse (« avec sol »), vite supprimé (« sans sol ») ;
- des centaines de valeurs, de couleurs et de surcharges au fil des hausses de tarif, jusqu'aux années 1930.
La Semeuse reviendra plusieurs fois, notamment en 1960 avec le passage au nouveau franc. Voir la Semeuse lignée de 1903 · la Semeuse camée de 1906.
6. Pasteur (1923)
En 1923, pour le centenaire de la naissance de Louis Pasteur (1822), la France émet une série courante à son effigie. C'est souvent présenté comme le premier timbre d'usage courant français à montrer une personnalité qui n'est ni un souverain ni une allégorie.
À reconnaître : le profil du savant, barbu, regardant vers la droite, et son nom PASTEUR en bas du cadre. La série compte une dizaine de valeurs en couleurs différentes, utilisées jusqu'au milieu des années 1920, plus quelques surcharges. Voir les Pasteur de 1923.
7. La Paix (1932)
Dessinée par Paul-Albert Laurens, la Paix est une femme debout, drapée, qui tend un rameau d'olivier. Elle sert de timbre courant pendant tout l'entre-deux-guerres, de 1932 à la Seconde Guerre mondiale, avec de très nombreuses valeurs.
Pour les spécialistes, la Paix est une affaire de types : le 50 centimes rouge, la valeur la plus utilisée, existe en plusieurs types qui ne diffèrent que par de minuscules détails du dessin, et certains feuillets portent même de la publicité dans les marges. Voir les Paix de 1932.
8. Le Mercure (1938)
Le Mercure montre la tête du dieu du commerce, coiffé de son casque ailé, avec le caducée à gauche. Dessiné par Georges-Léo Degorce, il sert de timbre pour les petites valeurs à la fin des années 1930 et pendant la guerre.
Petite curiosité à surveiller : sous le régime de Vichy, en 1942, la mention RF disparaît de certains tirages au profit de POSTES FRANÇAISES. Deux timbres au même dessin, mais pas à la même époque. Voir les Mercure de 1938 · de 1939.
9. Marianne (depuis 1944)
Depuis la Libération, le visage de la République sur les timbres d'usage courant, c'est Marianne. Chaque grande période a la sienne, souvent choisie par le président de la République, et on les désigne par le nom de leur dessinateur :
- Marianne de Gandon (1945), par Pierre Gandon, la première à durer ;
- Marianne de Muller, de Decaris, de Cocteau, de Cheffer, de Béquet dans les décennies suivantes, puis une parenthèse avec la Sabine et la Liberté (voir n° 10) ;
- Marianne du Bicentenaire (1990), par Louis Briat ;
- Marianne du 14 Juillet (1997), par Ève Luquet ;
- puis Lamouche (2005), Beaujard (2008), Ciappa et Kawena (2013), et « l'Engagée » (2018), par Yseult Digan.
Chaque Marianne existe en de nombreuses valeurs et couleurs, puis, depuis les années 1990, en timbres sans valeur faciale (« lettre prioritaire », « lettre verte »…) qui restent valables quel que soit le tarif. Pour les identifier, regardez le visage d'abord (il change à chaque Marianne), puis la valeur ou la mention du tarif. Voir les timbres de 1945 · de 1990 · de 2018.
10. La Sabine et la Liberté de Gandon (1977-1990)
Entre les Marianne de Béquet et de Briat, deux timbres courants de Pierre Gandon (déjà auteur de la Marianne de 1945) prennent la place de Marianne :
- la Sabine (1977), choisie sous Valéry Giscard d'Estaing, est tirée du tableau de David Les Sabines : un visage de femme de profil, cheveux relevés ;
- la Liberté (1982), choisie sous François Mitterrand, reprend la figure de La Liberté guidant le peuple de Delacroix, coiffée du bonnet phrygien. Elle reste en usage jusqu'à l'arrivée de la Marianne de Briat en 1990.
Les deux existent en dizaines de valeurs et de couleurs, en feuilles, en carnets et en roulettes. Comme pour les Marianne, regardez d'abord le visage, puis la valeur. Voir les Sabine de 1977 · les Liberté de 1982.
Elles auraient pu figurer dans ce classement
- l'Iris (1939), petit timbre courant des années de guerre ;
- les Marianne d'Alger et de Dulac (1944), émises à la Libération ;
- le Coq de Decaris (1962), l'un des rares timbres courants sans visage.
Identifier un timbre de ces séries
Ces séries sont un vrai casse-tête : des dizaines de timbres au même dessin, qui ne diffèrent que par un chiffre, une couleur ou un détail minuscule. Notre outil compare votre photo à tout le catalogue et vous propose les timbres les plus proches : il ne reste qu'à vérifier la valeur. Identifiez votre timbre par photo, puis vérifiez la dentelure et le filigrane avec notre guide Dentelure et filigrane. Et pour savoir ce qu'il vaut : Combien vaut mon timbre ?